PROCÉDURES COLLECTIVES

Infirmation d'une liquidation judiciaire et ouverture d'un redressement judiciaire

10 juillet 2025 6 min de lecture LIQUIDATION JUDICIAIRE INFIRMÉE

CA Paris, 10 juil. 2025, n° RG 25/03112

Par arrêt du 10 juillet 2025, la Cour d'appel de Paris a infirmé un jugement de liquidation judiciaire prononcé par le tribunal de commerce de Bobigny et ouvert un redressement judiciaire. Notre client, société de plomberie, rénovation, peinture, climatisation et chauffage, avait été placée en liquidation sur assignation de l'URSSAF. JEM-AVOCAT a obtenu l'infirmation en démontrant que la dette sociale avait été significativement réduite et que des perspectives concrètes d'activité existaient.

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani Avocat au Barreau de Paris

Première instance

Liquidation judiciaire

Cour d'appel

Redressement judiciaire

Les faits de l'espèce

Notre client exerce une activité de plomberie, rénovation, peinture, climatisation et chauffage.

Par acte du 21 novembre 2024 signifié par procès-verbal de remise en étude, l'URSSAF d'Île-de-France a assigné notre client aux fins d'ouverture d'une liquidation judiciaire, invoquant une créance de 40 910 euros dont 15 109 euros de parts salariales, justifiée par diverses mises en demeure et contraintes.

La décision de première instance

Par jugement réputé contradictoire du 29 janvier 2025, le tribunal de commerce de Bobigny a ouvert une liquidation judiciaire immédiate sans maintien de l'activité. Le mandataire judiciaire a été désigné liquidateur. La date de cessation des paiements a été fixée au 21 mai 2024, motivée par une saisie-attribution infructueuse.

Notre client, assisté de JEM-AVOCAT, a interjeté appel le 6 février 2025.

Les arguments développés par JEM-AVOCAT

Réduction de la dette sociale : avant l'audience d'ouverture, notre client avait réglé la part salariale par virement de 17 287 euros, réduisant la créance URSSAF de 40 910 à 23 910 euros.

Perspectives d'activité : JEM-AVOCAT a produit des devis acceptés pour 182 350 euros HT, à encaisser pendant la période d'observation.

Prévisionnel viable : un prévisionnel démontrait la capacité à poursuivre l'activité sans générer de nouvelles dettes, permettant d'envisager un plan de continuation.

JEM-AVOCAT a sollicité l'infirmation et l'ouverture d'un redressement judiciaire.

La solution retenue par la juridiction

Par arrêt du 10 juillet 2025, la Cour d'appel de Paris a infirmé le jugement.

Cessation des paiements : non contestée. Passif exigible de 47 000 euros (URSSAF actualisée + Pro BTP 22 682 euros). Solde bancaire au 31 mai 2025 de 11 277 euros, insuffisant. Date fixée au 21 mai 2024.

Perspectives de redressement : la Cour a retenu que le prévisionnel, étayé par les devis validés, démontrait la capacité de poursuivre l'activité sans nouvelles dettes. Les devis acceptés de 182 350 euros HT étaient à encaisser pendant la période d'observation.

Position des parties : Le mandataire judiciaire ne s'est pas opposé à l'infirmation. L'URSSAF s'en est rapportée à justice.

La Cour a ouvert un redressement judiciaire avec période d'observation de six mois et renvoyé l'affaire devant le tribunal de commerce de Bobigny.

Les implications pratiques

Le standard de l'impossibilité manifeste : la liquidation ne peut être prononcée que si le redressement est « manifestement impossible » (article L.640-1 du code de commerce). Des devis acceptés de 182 350 euros HT face à un passif de 47 000 euros démontrent que le redressement est possible.

L'importance du règlement des parts salariales : le règlement intégral des parts salariales a réduit la créance URSSAF de 40 910 à 23 910 euros et démontré la bonne foi du débiteur.

L'absence d'opposition des créanciers : l'absence d'opposition du mandataire et de l'URSSAF a renforcé la position de notre client.

La complémentarité des procédures : l'arrêt de l'exécution provisoire (6 mai 2025) a permis de préserver l'activité avant l'arrêt au fond (10 juillet 2025).

Chronologie de l'affaire

21 novembre 2024

Assignation par l'URSSAF devant le TC de Bobigny

29 janvier 2025

Jugement : liquidation judiciaire immédiate

6 février 2025

Appel interjeté par notre client

6 mai 2025

Arrêt de l'exécution provisoire par la CA de Paris

2 juillet 2025

Audience devant la CA de Paris

10 juillet 2025

Arrêt : infirmation, ouverture du redressement judiciaire

Questions fréquentes sur cette décision

Combien de temps a-t-on pour faire appel d'un jugement de liquidation judiciaire ?

Très peu : il faut réagir en quelques jours. Dans cette affaire, le tribunal de commerce de Bobigny a prononcé la liquidation le 29 janvier 2025 et l'appel a été formé le 6 février, soit huit jours plus tard. Ce réflexe est décisif, car le jugement produit ses effets immédiatement tant que l'exécution provisoire n'a pas été arrêtée.

L'URSSAF peut-elle faire liquider mon entreprise pour un arriéré de cotisations ?

Oui. Dans cette affaire, l'URSSAF d'Île-de-France a assigné la société en liquidation le 21 novembre 2024 pour une créance de 40 910 euros, dont 15 109 euros de parts salariales, et le tribunal de commerce de Bobigny a ouvert une liquidation immédiate sans maintien de l'activité. La cour d'appel de Paris a ensuite infirmé ce jugement.

Régler une partie de la dette avant l'audience, est-ce utile ?

Cela pèse réellement dans la balance. Dans cette affaire, notre client a réglé l'intégralité des parts salariales par un virement de 17 287 euros avant l'audience d'ouverture, ramenant la créance de l'URSSAF de 40 910 à 23 910 euros. Ce paiement a réduit le passif à apurer et démontré la bonne foi du débiteur devant la cour d'appel.

Des devis signés par des clients suffisent-ils à sauver l'entreprise ?

Ils peuvent emporter la décision lorsqu'ils dépassent nettement le passif. Dans cette affaire, des devis acceptés pour 182 350 euros hors taxes ont été produits face à un passif exigible d'environ 47 000 euros. La cour d'appel de Paris a retenu que le prévisionnel, étayé par ces devis validés, démontrait la capacité à poursuivre l'activité sans générer de nouvelles dettes.

Peut-on continuer à travailler pendant la procédure d'appel ?

C'est possible si l'exécution provisoire du jugement est arrêtée. Dans cette affaire, cet arrêt a été obtenu le 6 mai 2025, ce qui a permis de préserver l'activité jusqu'à l'arrêt au fond rendu le 10 juillet 2025. Sans cette étape intermédiaire, la liquidation continue de produire ses effets pendant toute la durée de l'appel.

Si la cour d'appel me donne raison, l'entreprise sort-elle de toute procédure ?

Non, pas nécessairement. Dans cette affaire, la cour d'appel de Paris a infirmé la liquidation mais ouvert un redressement judiciaire, avec une période d'observation de six mois, puis renvoyé le dossier devant le tribunal de commerce de Bobigny. L'entreprise reste donc sous procédure collective, avec cette fois la possibilité de construire un plan.

Le mandataire judiciaire est-il nécessairement contre le dirigeant ?

Pas forcément. Dans cette affaire, le mandataire judiciaire ne s'est pas opposé à l'infirmation du jugement de liquidation et l'URSSAF s'en est rapportée à justice. Cette absence d'opposition, obtenue après le règlement des parts salariales et la production des devis acceptés, a nettement renforcé la position de notre client devant la cour.

Points clés à retenir

  • La Cour a infirmé la liquidation, le redressement n'étant pas manifestement impossible
  • Des devis acceptés de 182 350 € HT étaient déterminants face à un passif de 47 000 €
  • Le règlement des parts salariales a réduit la créance URSSAF de 40 910 € à 23 910 €
  • Le mandataire judiciaire et l'URSSAF ne se sont pas opposés à l'infirmation

Résultat obtenu

Infirmation — Redressement judiciaire ouvert

LIQUIDATION JUDICIAIRE INFIRMÉE

Référence :

CA Paris, 10 juil. 2025, n° RG 25/03112

Infirmation — Redressement judiciaire ouvert

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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