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Insuffisance d'actif : transiger avec le liquidateur et arrêter le procès en appel

Cour d'appel de Bordeaux, 4ème CHAMBRE COMMERCIALE, 29 septembre 2026, n° RG 25/00827

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani
7 min de lecture
La réponse en bref

Un dirigeant condamné à combler l'insuffisance d'actif peut transiger avec le liquidateur pendant l'appel. La transaction suppose l'autorisation préalable du juge-commissaire. Une fois le protocole signé, les parties demandent conjointement le retrait de l'affaire du rôle : la cour l'ordonne sans juger le fond, et chacune garde ses frais.

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Une condamnation à 378 793,71 euros au titre de l'insuffisance d'actif, deux dirigeants insolvables, un liquidateur qui sait qu'il ne récupérera jamais la somme. Plutôt que d'attendre l'arrêt, les parties ont négocié. La cour d'appel de Bordeaux a simplement retiré l'affaire du rôle.

Sommaire

Fiche technique

Juridiction

Cour d'appel de Bordeaux, 4ème CHAMBRE COMMERCIALE

Numéro

n° RG 25/00827

Solution

Retire l'affaire du rôle sur demande conjointe des parties

Chronologie de la procédure

Août 2014

Embauche du second intéressé comme commercial salarié de la SARL

20 mars 2023

Déclaration de cessation des paiements au greffe du tribunal de commerce de Bordeaux

4 avril 2023

Liquidation judiciaire prononcée, cessation des paiements fixée provisoirement au 15 février 2023

19 mars 2024

Assignation des deux dirigeants en responsabilité pour insuffisance d'actif (378 793,71 €)

6 janvier 2025

Jugement réputé contradictoire : condamnation solidaire à 378 793,71 € et 2 000 € de frais

17 février 2025

Déclaration d'appel

8 décembre 2025

Ordonnance du juge-commissaire autorisant le liquidateur à transiger

13 et 14 janvier

Signature du protocole d'accord transactionnel

17 mars 2026

Arrêt avant dire droit : réouverture des débats et révocation de l'ordonnance de clôture

26 août 2026

Demande conjointe de retrait de l'affaire du rôle

29 septembre 2026

La cour ordonne le retrait du rôle et réserve les dépens

Ce que cette décision change pour vous

Une condamnation pour insuffisance d’actif n’est pas une fatalité, même après un jugement de première instance très lourd. Tant que l’appel est pendant, la discussion avec le liquidateur reste ouverte — et elle aboutit souvent, parce que le liquidateur n’a aucun intérêt à détenir un titre de 378 000 euros contre un débiteur qui ne peut pas payer.

Trois points pratiques s’en dégagent.

D’abord, si vous avez été condamné par défaut, sans comparaître, l’appel n’est pas perdu d’avance. Ici, le jugement avait été rendu de façon réputée contradictoire faute de comparution des deux dirigeants, et le ministère public lui-même s’est prononcé en appel pour l’infirmation partielle, estimant la motivation du tribunal inadaptée. Un jugement mal motivé est un levier de négociation.

Ensuite, la transaction avec un liquidateur obéit à une règle de forme stricte : le liquidateur ne peut pas transiger seul, il lui faut l’autorisation du juge-commissaire. Un accord signé sans cette autorisation est fragile. Vérifiez systématiquement l’existence de l’ordonnance avant de signer quoi que ce soit.

Enfin, quand l’accord est conclu, le procès ne se termine pas forcément par un arrêt. Il peut s’éteindre discrètement par un retrait du rôle demandé par les deux parties. C’est rapide, ce n’est pas public sur le fond, et cela évite une décision qui figerait votre responsabilité.

Les faits

Une SARL girondine spécialisée dans le traitement des charpentes contre les termites et les capricornes. Son gérant déclare la cessation des paiements au greffe du tribunal de commerce de Bordeaux le 20 mars 2023 et demande l’ouverture d’une liquidation judiciaire.

Le 4 avril 2023, le tribunal prononce la liquidation, fixe provisoirement la date de cessation des paiements au 15 février 2023 et désigne un liquidateur.

Le liquidateur estime que des fautes de gestion ont été commises, non seulement par le gérant de droit, mais aussi par un second homme, commercial salarié depuis août 2014, qu’il considère comme gérant de fait. Par assignation du 19 mars 2024, il les attrait devant le tribunal de commerce sur le fondement de l’action en responsabilité pour insuffisance d’actif, et réclame leur condamnation in solidum à 378 793,71 euros.

Aucun des deux ne comparaît. Le 6 janvier 2025, le tribunal juge que le commercial était bien dirigeant de fait, retient des fautes de gestion ayant contribué à l’insuffisance d’actif, et les condamne solidairement à 378 793,71 euros avec intérêts au taux légal, outre 2 000 euros de frais irrépétibles et les dépens.

Les deux hommes relèvent appel le 17 février 2025. Le procureur général, dans son avis, demande la confirmation sur la qualité de dirigeant de fait mais se dit favorable à l’infirmation sur les fautes : le tribunal avait retenu comme faute principale la tardiveté de la déclaration de cessation des paiements, alors que celle-ci avait été déposée un mois et cinq jours avant la date de cessation des paiements fixée par le jugement d’ouverture.

Leur situation financière ne leur permettant pas de payer l’intégralité de la condamnation, les parties engagent des discussions. Le juge-commissaire les autorise à transiger par ordonnance du 8 décembre 2025. Le protocole d’accord transactionnel est signé les 13 et 14 janvier. Les parties en demandent d’abord l’homologation à la cour, puis sollicitent toutes deux, par messages du 26 août 2026, le retrait de l’affaire du rôle.

La question posée à la Cour

Que fait une cour d’appel saisie d’un litige que les parties ont réglé entre elles par une transaction ? Doit-elle homologuer l’accord, constater l’extinction de l’instance et se dessaisir, ou peut-elle se contenter de sortir le dossier de son rôle ?

Les appelants invoquaient l’extinction de l’instance par l’effet de la transaction. Le liquidateur demandait la même chose, en visant le texte qui encadre son pouvoir de transiger. Puis les deux ont finalement demandé, ensemble, le retrait du rôle.

Ce qu’a jugé la Cour

La cour d’appel de Bordeaux s’en tient à la demande commune. Elle relève que les parties sollicitent conjointement le retrait, et l’ordonne sur le fondement du texte qui gouverne cette mesure.

Article 382 du code de procédure civile : le retrait du rôle est ordonné lorsque toutes les parties en font la demande écrite et motivée.

La cour ne tranche donc ni la qualité de dirigeant de fait, ni l’existence des fautes de gestion, ni le montant de l’insuffisance d’actif. Elle réserve les dépens.

Le retrait du rôle n’est pas un jugement sur le fond. L’instance n’est pas éteinte : elle est mise en sommeil. L’affaire peut être rétablie à la demande d’une partie, sous réserve de la péremption. C’est précisément ce qui en fait un outil utile lorsqu’un accord prévoit un paiement échelonné : si le débiteur respecte ses engagements, le dossier ne reviendra jamais ; s’il les méconnaît, le créancier peut demander le rétablissement.

Les points clés à retenir
  • Une action en responsabilité pour insuffisance d'actif peut se régler par transaction, y compris au stade de l'appel et après une condamnation de plusieurs centaines de milliers d'euros.
  • Le liquidateur ne transige pas librement : il lui faut l'autorisation du juge-commissaire, donnée par ordonnance avant la signature du protocole.
  • Quand les deux parties le demandent ensemble, la cour ordonne le retrait du rôle : elle ne juge pas le fond, et les dépens restent réservés.

Ce qu’il faut faire concrètement

Comparaissez. Les deux dirigeants ont été condamnés à 378 793,71 euros sans s’être défendus. Une action en insuffisance d’actif se discute : nature des fautes, lien avec le passif, montant retenu, part de chacun. Ne pas se présenter, c’est laisser le liquidateur écrire seul l’histoire.

Faites appel dans le délai, même si vous ne pouvez pas payer. Votre insolvabilité n’est pas un argument juridique devant le tribunal, mais elle devient un argument de négociation une fois l’appel formé : le liquidateur préfère un paiement réel et réduit à un titre inexécutable.

Vérifiez la date de cessation des paiements. Ici, le ministère public a relevé que la déclaration avait été déposée avant la date de cessation des paiements retenue par le jugement d’ouverture — ce qui ruinait le reproche de déclaration tardive. Reprenez le jugement d’ouverture, comparez-le à la date de votre dépôt au greffe. Un décalage en votre faveur est une défense entière.

Exigez l’ordonnance du juge-commissaire avant de signer. Demandez-en copie et joignez-la au protocole. Sans elle, l’accord conclu avec le liquidateur peut être remis en cause.

Réglez le sort des frais dans le protocole. Les parties ont prévu que chacune conserverait ses dépens et frais irrépétibles. À défaut de stipulation, la question reste ouverte et peut rouvrir le conflit.

Choisissez le bon mode de sortie. Retrait du rôle, désistement, homologation : les effets diffèrent. Le retrait suspend sans éteindre et laisse au créancier la possibilité de rétablir l’affaire si l’échéancier n’est pas tenu. Décidez-le en fonction de ce que prévoit votre accord, pas par défaut.

Questions fréquentes

Puis-je négocier avec le liquidateur alors que j'ai déjà été condamné à payer l'insuffisance d'actif ?

Oui. Tant que l'appel est en cours, la condamnation n'est pas définitive et une transaction reste possible. Le liquidateur y a souvent intérêt lorsque le dirigeant est insolvable : mieux vaut un paiement partiel effectif qu'un titre inexécutable. L'accord doit être autorisé par le juge-commissaire avant signature.

Le liquidateur peut-il signer seul un accord avec moi ?

Non. Le liquidateur judiciaire doit obtenir l'autorisation du juge-commissaire pour transiger. Cette autorisation prend la forme d'une ordonnance, rendue avant la signature du protocole. Réclamez-en une copie et annexez-la à l'accord : sans elle, la transaction est fragile et peut être contestée ultérieurement.

Un salarié peut-il être condamné comme dirigeant de fait ?

Oui, si son comportement révèle une direction effective et indépendante de la société, au-delà de ses fonctions salariées. Le liquidateur doit en rapporter la preuve par des actes concrets de gestion. Un commercial salarié peut ainsi être poursuivi en insuffisance d'actif aux côtés du gérant de droit, solidairement avec lui.

On me reproche d'avoir déclaré la cessation des paiements trop tard : comment me défendre ?

Comparez la date de votre déclaration au greffe avec la date de cessation des paiements fixée par le jugement d'ouverture. Si vous avez déclaré avant ou dans les quarante-cinq jours suivant cette date, le reproche de tardiveté tombe. Ce simple rapprochement de dates suffit parfois à faire écarter la faute principale retenue contre vous.

Que signifie « retrait du rôle » : mon dossier est-il définitivement clos ?

Le retrait du rôle sort l'affaire de l'agenda de la juridiction sans la juger. L'instance n'est pas éteinte : elle est suspendue et peut être rétablie à la demande d'une partie, sous réserve de la péremption. C'est l'outil adapté quand un accord prévoit un paiement échelonné dont l'exécution reste à venir.

Mots-clés

insuffisance d'actif dirigeant de fait liquidation judiciaire transaction juge-commissaire retrait du rôle responsabilité du dirigeant

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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Avocat au Barreau de Paris · Droit des affaires

Spécialisé en droit des affaires, procédures collectives et contentieux commercial, Maître Maruani accompagne les dirigeants et entreprises dans leurs litiges et stratégies juridiques.

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