Litiges commerciaux

Annulation d'un pacte d'actionnaires pour dol et remboursement de la prime d'émission

14 septembre 2018 60 000 € PACTE ANNULÉ POUR DOL

Tribunal de commerce de Paris, 14 septembre 2018, T. com. Paris, 16ème ch., 14 sept. 2018, n° 2017070013

Notre cliente s'était associée au projet de développement d'une start-up en versant la somme de 60 000 € au titre d'une souscription à une augmentation de capital avec forte prime d'émission. Le contrat, intitulé « pacte d'actionnaires », prévoyait que le capital serait porté de 3 000 à 10 000 € et que notre cliente recevrait 3 % du capital via 300 actions de catégorie B. Les trois fondateurs devaient eux-mêmes souscrire à 6 700 actions nouvelles. Or, aucune assemblée générale n'a jamais été convoquée pour voter cette augmentation de capital, et les fonds n'ont pas été restitués.

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani Avocat au Barreau de Paris

Investissement initial

60 000 € versés sans augmentation de capital réalisée

Après jugement

Remboursement intégral + intérêts depuis avril 2017

Le contexte du litige

Notre cliente s'était associée au projet de développement d'une start-up en versant la somme de 60 000 € au titre d'une souscription à une augmentation de capital avec forte prime d'émission. Le contrat, intitulé « pacte d'actionnaires », prévoyait que le capital serait porté de 3 000 à 10 000 € et que notre cliente recevrait 3 % du capital via 300 actions de catégorie B. Les trois fondateurs devaient eux-mêmes souscrire à 6 700 actions nouvelles. Or, aucune assemblée générale n'a jamais été convoquée pour voter cette augmentation de capital, et les fonds n'ont pas été restitués.

La stratégie judiciaire du cabinet

Le cabinet a assigné la société et ses trois fondateurs devant le Tribunal de commerce de Paris en invoquant le dol (articles 1130 et 1137 du Code civil). L'argumentation a démontré que les fondateurs avaient délibérément amené notre cliente à verser une somme représentant vingt fois leurs propres apports, sans réelle intention de réaliser l'augmentation de capital promise. Le cabinet a également agi sur le terrain de la nullité pour absence de contrepartie et pour défaut de qualité d'actionnaire.

La décision du tribunal

Le tribunal a retenu la réalité du dol et annulé le contrat qualifié de pacte d'actionnaires. La société et deux des trois fondateurs ont été condamnés in solidum à rembourser 60 000 € avec intérêts au taux légal courant depuis la date du versement initial, soit le 4 avril 2017, outre 3 000 € au titre de l'article 700 du CPC. Le troisième fondateur, qui avait cédé toutes ses parts rapidement pour 1 €, a été considéré comme davantage victime que participant aux manœuvres.

La qualification juridique retenue

Le tribunal a requalifié le contrat en un simple accord préparatoire à une augmentation de capital, écartant la qualification de pacte d'actionnaires puisque la signataire n'avait pas la qualité d'actionnaire au moment de la signature. Cette analyse a permis de caractériser le dol : les fondateurs ont fait miroiter un projet ambitieux de développement pour obtenir un financement substantiel sans jamais engager les formalités nécessaires à la réalisation de l'opération.

Les enseignements pratiques

Cette décision rappelle que les investisseurs victimes de manœuvres dolosives dans le cadre de start-up peuvent obtenir l'annulation des engagements souscrits et la restitution intégrale des sommes versées. Le tribunal sanctionne les fondateurs qui instrumentalisent des mécanismes juridiques complexes (prime d'émission, catégories d'actions) pour collecter des fonds sans honorer leurs engagements corrélatifs.

Chronologie de l'affaire

4 avril 2017

Versement de 60 000 € par notre cliente au titre de la prime d'émission

10 avril 2017

Cession de 90 actions à notre cliente pour 1 € — capital toujours inchangé

Novembre 2017

Assignation de la société et des trois fondateurs devant le Tribunal de commerce

29 juin 2018

Audience de plaidoirie et clôture des débats

14 septembre 2018

Jugement prononçant la nullité pour dol et la condamnation au remboursement

Questions fréquentes sur cette décision

J'ai investi dans une start-up et l'augmentation de capital n'a jamais eu lieu : puis-je récupérer mon argent ?

Oui, c'est ce qui a été obtenu ici. Notre cliente avait versé 60 000 euros pour souscrire à une augmentation de capital assortie d'une forte prime d'émission. Aucune assemblée générale n'a jamais été convoquée pour la voter et les fonds n'ont pas été restitués. Le tribunal de commerce de Paris a annulé le contrat pour dol et ordonné le remboursement intégral.

Qu'est-ce que le dol, concrètement ?

Ce sont les manœuvres par lesquelles on obtient le consentement de quelqu'un à un engagement qu'il n'aurait pas pris en connaissance de cause. Le cabinet s'est fondé sur les articles 1130 et 1137 du code civil, en démontrant que les fondateurs avaient délibérément amené notre cliente à verser une somme représentant vingt fois leurs propres apports, sans réelle intention de réaliser l'opération promise.

Le document s'appelle « pacte d'actionnaires » : cela change-t-il quelque chose ?

Le titre du document ne lie pas le juge. Le tribunal a requalifié ce contrat en simple accord préparatoire à une augmentation de capital, relevant que la signataire n'avait pas la qualité d'actionnaire au moment de la signature. Cette requalification a précisément permis de caractériser le dol : un projet ambitieux faisait miroiter une opération que personne n'a jamais engagée.

Peut-on poursuivre les fondateurs personnellement, ou seulement la société ?

Les deux sont possibles. Ici, la société et deux de ses trois fondateurs ont été condamnés in solidum à rembourser les 60 000 euros, ce qui permet à l'investisseur de réclamer la totalité à l'un quelconque d'entre eux. Le troisième fondateur, qui avait cédé rapidement toutes ses parts pour un euro, a été regardé comme davantage victime que participant aux manœuvres.

Récupère-t-on seulement la somme versée ?

Pas uniquement. La condamnation a porté sur les 60 000 euros, assortis des intérêts au taux légal courant depuis la date du versement initial, le 4 avril 2017, et de 3 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile. Un point de départ des intérêts fixé au jour du versement est loin d'être anodin sur plusieurs années de procédure.

On m'a remis quelques actions : cela suffit-il à solder l'affaire ?

Pas si la contrepartie promise n'a jamais été fournie. Six jours après le versement, quatre-vingt-dix actions ont été cédées à notre cliente pour un euro, alors que le capital restait inchangé et que l'augmentation prévue au contrat n'a jamais été votée. Le tribunal a néanmoins prononcé la nullité du contrat et la restitution intégrale des 60 000 euros.

Combien de temps dure ce type de procédure ?

Environ dix mois après l'assignation dans cette affaire. Les fonds ont été versés en avril 2017, la société et ses trois fondateurs ont été assignés devant le tribunal de commerce de Paris en novembre 2017, l'audience de plaidoirie s'est tenue le 29 juin 2018 et le jugement a été rendu le 14 septembre 2018.

Points clés à retenir

  • Pacte d'actionnaires annulé pour dol au bénéfice de l'investisseur
  • 60 000 € restitués avec intérêts depuis la date du versement initial
  • Requalification du contrat en accord préparatoire à augmentation de capital
  • Condamnation in solidum de la société et de deux fondateurs sur trois

Résultat obtenu

Pacte annulé — 60 000 € restitués + intérêts légaux + 3 000 € article 700

60 000 € PACTE ANNULÉ POUR DOL

Référence :

Tribunal de commerce de Paris, 14 septembre 2018, T. com. Paris, 16ème ch., 14 sept. 2018, n° 2017070013

Pacte annulé — 60 000 € restitués + intérêts légaux + 3 000 € article 700

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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