LITIGES COMMERCIAUX

Condamnation d'un client américain au paiement du solde d'un transport d'œuvres d'art avec intérêts majorés

27 juin 2019 30 595 € RECOUVREMENT INTERNATIONAL

T. com. Paris, 4e chambre, 27 juin 2019, N° RG 2019010328

Notre client, société spécialisée dans le transport d'œuvres d'art et de pièces de collection, avait été sollicité pour un transport de marchandises depuis une résidence secondaire française vers une résidence principale aux États-Unis. Un contrat avait été signé le 28 octobre 2014 pour un montant estimatif de 130 778,59 €. Des prestations supplémentaires ont porté le total à 140 122,55 €. Le 10 janvier 2017, le client a confirmé la réception de l'ensemble des conteneurs. Un virement partiel de 109 562,72 € a été reçu le 20 janvier 2017, sans justification de l'écart de 30 595,83 €.

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani Avocat au Barreau de Paris

Situation initiale

30 595 € impayés depuis 2017

Résultat obtenu

30 595 € + intérêts majorés + 3 000 € art. 700

Les faits de l'espèce

Notre client, société spécialisée dans le transport d'œuvres d'art et de pièces de collection, avait été sollicité pour un transport de marchandises depuis une résidence secondaire française vers une résidence principale aux États-Unis. Un contrat avait été signé le 28 octobre 2014 pour un montant estimatif de 130 778,59 €. Des prestations supplémentaires ont porté le total à 140 122,55 €. Le 10 janvier 2017, le client a confirmé la réception de l'ensemble des conteneurs. Un virement partiel de 109 562,72 € a été reçu le 20 janvier 2017, sans justification de l'écart de 30 595,83 €.

La saisine du tribunal

Après une mise en demeure du 18 avril 2017 restée vaine et de nombreuses relances infructueuses, notre client a assigné le défendeur devant le tribunal de commerce de Paris par acte du 4 janvier 2019, signifié par voie de transmission internationale. La compétence du tribunal de commerce de Paris était fondée sur la clause attributive de juridiction figurant au contrat, rédigée en caractères majuscules d'une police de taille supérieure. Le tribunal a jugé que cette clause, spécifiée de façon très apparente, constituait une convention attributive de juridiction valable.

Les arguments développés par JEM-AVOCAT

Le cabinet a produit le contrat signé, les courriels du client attestant de la réception sans réserve des marchandises, la facture détaillée, et la mise en demeure restée sans réponse. Le courriel du 10 janvier 2017 dans lequel le défendeur confirmait avoir reçu les conteneurs et s'engageait à procéder au virement établissait l'absence de contestation de la prestation. La clause 7.2 du contrat prévoyant des intérêts au taux légal majoré de 10 points de pourcentage a été invoquée pour obtenir des intérêts de retard significatifs.

La solution retenue par la juridiction

Le tribunal s'est déclaré compétent sur le fondement de la clause attributive de juridiction. Il a retenu que la créance était certaine, liquide et exigible, le défendeur ayant confirmé la réception sans réserve et procédé à un règlement partiel sans justifier l'écart. La condamnation au paiement de 30 595,83 € a été prononcée avec intérêts au taux légal majoré de 10 points à compter du 18 avril 2017. La demande de dommages-intérêts pour résistance abusive a été rejetée. Une indemnité de 3 000 € au titre de l'article 700 a été accordée.

Les implications pratiques

Cette décision démontre l'efficacité des clauses attributives de juridiction dans les contrats internationaux pour attraire un défendeur étranger devant les tribunaux français. La rédaction en caractères apparents est essentielle pour satisfaire aux exigences de l'article 48 du CPC. Les clauses contractuelles prévoyant une majoration du taux d'intérêt légal constituent un mécanisme dissuasif efficace contre les retards de paiement. La confirmation par courriel de la réception des marchandises sans réserve est un élément de preuve décisif pour établir le caractère incontestable de la créance.

Chronologie de l'affaire

28 octobre 2014

Signature du contrat de transport d'œuvres d'art

10 janvier 2017

Confirmation de réception des conteneurs par le client

20 janvier 2017

Virement partiel de 109 562 €, solde impayé de 30 595 €

18 avril 2017

Mise en demeure adressée au débiteur

27 juin 2019

Jugement condamnant au paiement avec intérêts majorés

Questions fréquentes sur cette décision

Mon client est à l'étranger et ne paie pas : quel tribunal puis-je saisir ?

Celui que le contrat désigne, si une clause attributive de juridiction y figure. Dans cette affaire, le débiteur était domicilié aux États-Unis et le tribunal de commerce de Paris s'est néanmoins déclaré compétent, sur le fondement de la clause figurant au contrat signé le 28 octobre 2014. La clause évite d'avoir à plaider à l'étranger.

Comment rédiger une clause attributive de juridiction pour qu'elle tienne ?

En la rendant visible. Le tribunal a relevé que la clause était rédigée en caractères majuscules, dans une police de taille supérieure, et qu'ainsi spécifiée de façon très apparente, elle constituait une convention attributive de juridiction valable. C'est l'exigence posée par l'article 48 du code de procédure civile : une clause noyée dans les conditions générales se défend mal.

Comment assigner une personne qui réside aux États-Unis ?

Par les voies de transmission internationale des actes. Ici, l'assignation devant le tribunal de commerce de Paris a été délivrée par acte du 4 janvier 2019 et signifiée par cette voie. Le temps qu'impose cette formalité explique en partie l'écart entre la mise en demeure, restée vaine, et le jugement.

Mon client a payé une partie seulement : cela affaiblit-il mon dossier ?

Plutôt l'inverse. Dans cette affaire, le virement partiel de 109 562,72 euros reçu le 20 janvier 2017, sans la moindre justification de l'écart de 30 595,83 euros, a concouru à établir que la créance était certaine, liquide et exigible. Payer une partie sans contester le reste revient à reconnaître le principe de la dette.

Un e-mail de réception des marchandises suffit-il à prouver ma prestation ?

Il peut en constituer la preuve centrale. Le 10 janvier 2017, le client confirmait par courriel avoir reçu l'ensemble des conteneurs et s'engageait à procéder au virement. Cette réception sans réserve, jointe au contrat signé, à la facture détaillée et à la mise en demeure, a établi que la prestation n'était pas contestée.

Peut-on obtenir des dommages-intérêts parce que le débiteur a fait traîner ?

Ce n'est pas automatique : dans cette affaire, la demande fondée sur la résistance abusive a été rejetée. En revanche, la clause 7.2 du contrat prévoyait des intérêts au taux légal majoré de dix points, et ces intérêts ont été accordés à compter du 18 avril 2017, date de la mise en demeure. Une indemnité de 3 000 euros a par ailleurs été allouée.

Faut-il attendre que le jugement soit définitif pour le faire exécuter ?

Pas nécessairement. Dans cette affaire, l'exécution provisoire a été ordonnée sans constitution de garantie, ce qui permet de poursuivre le recouvrement sans attendre l'issue d'un éventuel appel. Le point compte d'autant plus face à un débiteur établi hors de France, pour qui chaque mois gagné est un mois de trésorerie conservée.

Points clés à retenir

  • Condamnation à 30 595 € avec intérêts majorés de 10 points au-dessus du taux légal
  • Compétence du tribunal de commerce de Paris retenue malgré le domicile américain du défendeur
  • Réception des marchandises confirmée par courriel sans réserve
  • Exécution provisoire ordonnée sans constitution de garantie

Résultat obtenu

Condamnation à 30 595 € + intérêts majorés

30 595 € RECOUVREMENT INTERNATIONAL

Référence :

T. com. Paris, 4e chambre, 27 juin 2019, N° RG 2019010328

Condamnation à 30 595 € + intérêts majorés

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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