LITIGES COMMERCIAUX

Condamnation de l'acheteur russe à payer le solde du prix et prendre livraison d'une machine industrielle sur renvoi après cassation

7 avril 2022 VENTE INTERNATIONALE CONVENTION VIENNE

CA Versailles, 12e chambre, 7 avril 2022, N° RG 21/02275

Notre client, fabricant français de machines industrielles, avait vendu à une société de droit russe un automate d'emballage de pansements hémostatiques pour un prix de 428 990 €, livrable avant le 31 juillet 2014. Le contrat prévoyait que l'acheteur devait fournir des échantillons de matériaux au moins 8 semaines avant les essais d'acceptation. L'acheteur a fourni les bobines avec retard et celles-ci présentaient des défauts reconnus (épaisseur irrégulière, bords défectueux). Lors des essais de mars 2015, la machine n'a pas pu être acceptée. L'acheteur a réclamé le remboursement de 343 192 € et la résolution de la vente.

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani Avocat au Barreau de Paris

Risque initial

Restitution de 343 192 € + dommages-intérêts

Résultat final

85 798 € + livraison sous astreinte obtenus

Les faits de l'espèce

Notre client, fabricant français de machines industrielles, avait vendu à une société de droit russe un automate d'emballage de pansements hémostatiques pour un prix de 428 990 €, livrable avant le 31 juillet 2014. Le contrat prévoyait que l'acheteur devait fournir des échantillons de matériaux au moins 8 semaines avant les essais d'acceptation. L'acheteur a fourni les bobines avec retard et celles-ci présentaient des défauts reconnus (épaisseur irrégulière, bords défectueux). Lors des essais de mars 2015, la machine n'a pas pu être acceptée. L'acheteur a réclamé le remboursement de 343 192 € et la résolution de la vente.

La décision de première instance et l'historique procédural

Le tribunal de commerce de Pontoise (7 décembre 2016) avait partagé les torts et condamné notre client à 141 219,50 €. La cour d'appel de Versailles (21 novembre 2017) avait infirmé ce jugement et prononcé la résolution aux torts exclusifs de notre client, le condamnant à restituer 343 192 €. La Cour de cassation (9 juillet 2019) a cassé cet arrêt en reprochant à la cour de ne pas avoir recherché si les résultats insatisfaisants n'étaient pas dus à la mauvaise qualité des bobines fournies par l'acheteur. L'affaire a été renvoyée devant la cour d'appel de Versailles autrement composée.

Les arguments développés par JEM-AVOCAT

Le cabinet a démontré, sur le fondement de l'article 80 de la Convention de Vienne, que l'acheteur ne pouvait se prévaloir de l'inexécution du vendeur dès lors que cette inexécution était due à ses propres carences. La chronologie des échanges a établi que l'acheteur avait fourni les bobines avec un retard considérable et avait reconnu à plusieurs reprises leurs défauts. Le contrat d'achat d'une nouvelle machine par l'acheteur prévoyant deux couteaux pour la découpe des bords démontrait qu'il avait intégré le problème de qualité de ses propres bobines. Le paiement du solde du prix (85 798 €) et la livraison sous astreinte ont été demandés.

La solution retenue par la juridiction

La cour d'appel de Versailles, statuant sur renvoi après cassation, a infirmé le jugement de première instance. Appliquant les articles 8, 49, 60, 61 et 80 de la Convention de Vienne, elle a jugé que l'acheteur n'avait pas fourni des bobines de qualité suffisante dans les délais contractuels et ne pouvait donc se prévaloir de l'inexécution du vendeur. L'acheteur a été condamné à payer le solde du prix de 85 798 €, à prendre livraison de la machine sous astreinte provisoire de 500 € par mois pendant 6 mois, et au paiement de 5 000 € au titre de l'article 700 du CPC ainsi qu'aux entiers dépens de première instance et d'appel.

Les implications pratiques

Cette décision illustre l'importance de l'article 80 de la Convention de Vienne en matière de vente internationale : une partie ne peut invoquer l'inexécution de l'autre si elle en est elle-même la cause. La traçabilité des échanges entre les parties (courriels documentant les défauts et retards) s'est avérée décisive. L'arrêt de cassation ayant ciblé précisément le défaut de recherche sur la qualité des bobines, la cour de renvoi a pu statuer en sens inverse. Cette affaire démontre l'intérêt de poursuivre un contentieux jusqu'en cassation lorsque la cour d'appel omet d'examiner un moyen déterminant.

Chronologie de l'affaire

3 décembre 2013

Conclusion du contrat de vente de l'automate (428 990 €)

Mars 2015

Échec des essais d'acceptation en usine

7 décembre 2016

Jugement du TC Pontoise partageant les torts

9 juillet 2019

Cassation renvoyant devant la CA Versailles

7 avril 2022

Arrêt de la CA Versailles condamnant l'acheteur

Questions fréquentes sur cette décision

Quelles règles s'appliquent à une vente entre une entreprise française et une société étrangère ?

Souvent la Convention de Vienne sur la vente internationale de marchandises, dite CVIM, plutôt que le seul droit français. Dans cette affaire, qui opposait un fabricant français à une société de droit russe, la cour d'appel de Versailles a statué en appliquant les articles 8, 49, 60, 61 et 80 de cette convention.

Mon acheteur refuse de payer en invoquant un défaut dont il est lui-même la cause : que puis-je faire ?

Lui opposer l'article 80 de la Convention de Vienne : une partie ne peut se prévaloir de l'inexécution de l'autre lorsque cette inexécution est due à ses propres carences. Dans cette affaire, l'acheteur avait fourni avec retard des bobines dont il avait lui-même reconnu les défauts, épaisseur irrégulière et bords défectueux, avant d'invoquer l'échec des essais.

L'acheteur peut-il exiger l'annulation de la vente et le remboursement de ce qu'il a versé ?

Il peut le demander, et cela peut prospérer un temps : l'acheteur réclamait ici 343 192 euros et la résolution de la vente, et deux décisions successives lui avaient donné partiellement, puis entièrement raison. La cour de renvoi a finalement jugé l'inverse et l'a condamné à payer le solde du prix, soit 85 798 euros.

Comment contraindre un client à venir prendre livraison de ce qu'il a commandé ?

En demandant une astreinte, c'est-à-dire une somme due par mois de retard. Dans cette affaire, l'acheteur a été condamné non seulement à payer le solde du prix, mais aussi à prendre livraison de la machine sous astreinte provisoire de 500 euros par mois pendant six mois, outre 5 000 euros au titre de l'article 700.

La cour d'appel n'a pas examiné mon argument principal : que faire ?

Un pourvoi en cassation peut porter précisément sur cette omission. Ici, la Cour de cassation a cassé l'arrêt le 9 juillet 2019 en reprochant à la cour de ne pas avoir recherché si les résultats insatisfaisants des essais n'étaient pas dus à la mauvaise qualité des bobines fournies par l'acheteur. L'affaire est repartie devant une formation autrement composée.

Quelles preuves comptent vraiment dans un litige de vente internationale ?

La chronologie écrite des échanges. Ce sont les courriels documentant le retard de l'acheteur et ses reconnaissances successives des défauts qui ont emporté la décision. S'y est ajoutée une pièce révélatrice : le contrat par lequel l'acheteur commandait une nouvelle machine équipée de deux couteaux pour la découpe des bords, signe qu'il avait intégré le problème.

Combien de temps peut durer un contentieux de vente internationale ?

Il peut s'étendre sur des années lorsqu'il passe par la cassation. Le contrat datait du 3 décembre 2013, les essais ont échoué en mars 2015, le tribunal de commerce a statué le 7 décembre 2016, la cour d'appel en 2017, la Cour de cassation le 9 juillet 2019, et l'arrêt de renvoi a été rendu le 7 avril 2022.

Points clés à retenir

  • Condamnation de l'acheteur au paiement de 85 798 € de solde de prix
  • Livraison sous astreinte de 500 € par mois ordonnée
  • Article 80 CVIM : impossibilité de se prévaloir de l'inexécution que l'on a causée
  • Cassation puis renvoi ayant abouti à l'infirmation totale du jugement initial

Résultat obtenu

Infirmation du jugement, condamnation de l'acheteur

VENTE INTERNATIONALE CONVENTION VIENNE

Référence :

CA Versailles, 12e chambre, 7 avril 2022, N° RG 21/02275

Infirmation du jugement, condamnation de l'acheteur

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

Une situation comparable en litiges commerciaux ?

Décrivez-la au téléphone : nous vous disons si une action est possible, devant quelle juridiction et dans quel délai. Premier échange sans engagement.

Voir la page d'expertise : Inexécution contractuelle

Décisions similaires