Procédures collectives

Plan de cession imposé à votre entreprise : l'appel est perdu d'avance sans requête à jour fixe

Cour d'appel de Saint-Denis de la Réunion, Chambre commerciale, 28 septembre 2026, n° RG 26/00818

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani
6 min de lecture
La réponse en bref

L'appel d'un jugement qui arrête ou rejette un plan de cession obéit obligatoirement à la procédure à jour fixe. L'appelant doit obtenir une ordonnance du premier président autorisant l'assignation, soit avant la déclaration d'appel, soit dans les huit jours qui suivent. À défaut, l'appel est déclaré irrecevable, sans examen du fond.

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Votre entreprise vient d'être cédée par jugement et vous voulez contester. Attention : un appel déposé par la voie ordinaire est mort-né. Une ordonnance de la cour d'appel de Saint-Denis de la Réunion vient de le rappeler brutalement à une association dont l'activité et les 47 salariés ont été transférés.

Sommaire

Fiche technique

Juridiction

Cour d'appel de Saint-Denis de la Réunion, Chambre commerciale

Numéro

n° RG 26/00818

Solution

Irrecevabilité

Chronologie de la procédure

22 juin 2026

Le tribunal mixte de commerce arrête le plan de cession au prix de 80 000 euros, fixe l'entrée en jouissance au 1er juillet et ordonne le transfert de 47 salariés

30 juin 2026

Déclaration d'appel de l'association, selon la procédure ordinaire

31 août 2026

Avis préalable à l'irrecevabilité adressé à l'appelante, avec huit jours pour observations

28 septembre 2026

Ordonnance déclarant l'appel irrecevable et condamnant l'appelante aux dépens

Ce que cette décision change pour vous

Si un tribunal arrête un plan de cession qui vous dépossède de votre entreprise, vous disposez d’une voie de recours — mais elle est piégée. L’appel ne suit pas la procédure ordinaire. Il suit la procédure à jour fixe, c’est-à-dire une procédure accélérée qui suppose l’autorisation préalable du premier président de la cour d’appel.

Concrètement : déposer une déclaration d’appel classique chez le greffe ne suffit pas. Il faut en plus déposer une requête devant le premier président pour être autorisé à assigner à jour fixe. Cette requête doit être présentée avant la déclaration d’appel, ou au plus tard dans les huit jours qui la suivent.

Passé ce délai, aucune régularisation n’est possible. L’appel est irrecevable. Le juge ne lira jamais vos arguments sur le prix de cession, sur le repreneur choisi, sur le sort des salariés. Le dossier s’arrête à la porte.

La sanction est automatique et ne dépend pas de la qualité de votre contestation. C’est un pur formalisme, mais il est éliminatoire. Vous payez en outre les dépens de l’appel.

Vérifiez donc immédiatement, dès qu’un jugement de cession est rendu : la date du jugement, la date de votre déclaration d’appel, et surtout l’existence d’une requête enregistrée auprès du premier président. Si les huit jours courent encore, il reste une fenêtre. S’ils sont écoulés, le recours est perdu.

Les faits

Une association exerçant une activité d’aide à domicile fait l’objet d’une procédure collective devant le tribunal mixte de commerce de Saint-Denis.

Le 22 juin 2026, le tribunal arrête un plan de cession au profit d’une société de services. Le prix est fixé à 80 000 euros. La date d’entrée en jouissance du repreneur est fixée au 1er juillet 2026. Le tribunal ordonne le transfert des 47 salariés sur le fondement de l’article L. 1224-1 du code du travail.

L’association conteste. Le 30 juin 2026, elle forme une déclaration d’appel contre ce jugement, en intimant le procureur de la République, le mandataire judiciaire et l’administrateur judiciaire. Mais elle emprunte la procédure ordinaire d’appel.

Le 31 août 2026, la cour adresse à l’appelante un avis préalable à l’irrecevabilité, l’invitant à présenter ses observations sur le non-respect de l’article R. 661-6 2° du code de commerce. L’association ne répond pas dans le délai de huit jours qui lui est ouvert.

La cour statue le 28 septembre 2026.

La question posée à la Cour

Un appel formé contre un jugement arrêtant un plan de cession, mais engagé selon la procédure ordinaire et sans autorisation du premier président d’assigner à jour fixe, peut-il être examiné ?

Autrement dit : le défaut de requête à jour fixe est-il une simple irrégularité rattrapable, ou une cause d’irrecevabilité qui ferme définitivement le recours ?

Ce qu’a jugé la Cour

L’appel est déclaré irrecevable.

La cour part du texte qui gouverne les recours en matière de procédures collectives :

Article R. 661-6 2° du code de commerce : l’appel des jugements arrêtant ou rejetant le plan de cession est soumis à la procédure à jour fixe.

Elle en tire la conséquence procédurale, tirée du code de procédure civile :

Article 919 du code de procédure civile : la déclaration d’appel vise l’ordonnance du premier président. La requête peut aussi être présentée au premier président au plus tard dans les huit jours de la déclaration d’appel.

Deux voies existent donc, et deux seulement. Soit l’appelant obtient l’ordonnance d’abord et la vise dans sa déclaration d’appel. Soit il forme d’abord la déclaration d’appel, puis saisit le premier président dans les huit jours.

En l’espèce, l’appelante n’a emprunté ni l’une ni l’autre. L’appel a été interjeté suivant la procédure ordinaire, sans qu’il soit justifié d’une saisine du premier président ni avant, ni après la déclaration d’appel.

La cour en déduit que l’appel encourt l’irrecevabilité « à raison du non-respect du formalisme procédural spécifique en la matière ». L’association est condamnée aux dépens de l’appel.

La décision précise que cette ordonnance peut elle-même être déférée à la cour dans les quinze jours de son prononcé, en application de l’article 906-3 du code de procédure civile.

Les points clés à retenir
  • L'appel d'un jugement arrêtant ou rejetant un plan de cession relève obligatoirement de la procédure à jour fixe, jamais de la procédure ordinaire.
  • La requête en autorisation doit être présentée au premier président avant la déclaration d'appel, ou dans les huit jours qui la suivent.
  • Le défaut de requête entraîne l'irrecevabilité de l'appel, sans examen du fond, et la condamnation aux dépens.

Ce qu’il faut faire concrètement

Identifiez la nature du jugement avant de former le recours. Un jugement qui arrête un plan de cession n’est pas un jugement ordinaire. Avant toute démarche, vérifiez que le dispositif contient bien l’adoption ou le rejet d’un plan de cession : c’est ce qui déclenche l’exigence du jour fixe.

Déposez la requête au premier président en même temps que vous préparez la déclaration d’appel. La solution la plus sûre reste d’obtenir l’ordonnance d’autorisation d’abord, puis de la viser dans la déclaration d’appel. Vous évitez ainsi tout décompte de délai.

Si la déclaration d’appel est déjà déposée, comptez les huit jours. Le délai court à compter de la déclaration. Saisissez le premier président sans attendre. Une requête déposée le neuvième jour ne sauve rien.

Répondez à l’avis d’irrecevabilité. Quand le greffe adresse un avis préalable, vous avez huit jours pour présenter des observations. Le silence ferme la dernière occasion de faire valoir une régularisation ou une circonstance particulière.

Si l’ordonnance d’irrecevabilité est rendue, surveillez les quinze jours. Elle peut être déférée à la cour dans ce délai. C’est le dernier recours, et il est court.

Anticipez pendant la procédure, pas après. Le plan de cession se conteste surtout en amont : devant le tribunal, par vos observations sur les offres, le prix, le périmètre, le sort des salariés. Une fois le jugement rendu, l’entrée en jouissance du repreneur peut être fixée à quelques jours, et le transfert des contrats de travail s’opère de plein droit.

Questions fréquentes

Je veux contester le plan de cession qui vend mon entreprise : comment fait-on appel ?

L'appel d'un jugement arrêtant un plan de cession se forme obligatoirement selon la procédure à jour fixe. Il faut une requête au premier président de la cour d'appel pour être autorisé à assigner, présentée avant la déclaration d'appel ou dans les huit jours suivants. Une déclaration d'appel ordinaire, seule, rend le recours irrecevable.

J'ai déposé un appel classique contre le jugement de cession, puis-je régulariser ?

Oui, mais seulement dans les huit jours de la déclaration d'appel. Au-delà, aucune régularisation n'est admise : l'appel est déclaré irrecevable et le fond ne sera jamais examiné. Si le greffe vous adresse un avis préalable à l'irrecevabilité, répondez dans le délai indiqué, généralement huit jours.

Que se passe-t-il pour mes salariés une fois le plan de cession arrêté ?

Le tribunal qui arrête un plan de cession peut ordonner le transfert des contrats de travail au repreneur sur le fondement de l'article L. 1224-1 du code du travail. Le transfert s'opère de plein droit à la date d'entrée en jouissance fixée par le jugement, laquelle peut intervenir quelques jours seulement après la décision.

L'ordonnance qui déclare mon appel irrecevable est-elle définitive ?

Non. Une ordonnance d'irrecevabilité rendue sur incident peut être déférée à la cour d'appel dans les quinze jours de son prononcé, en application de l'article 906-3 du code de procédure civile. Ce délai est bref et court dès le prononcé, pas dès la réception de la copie.

Quel est le meilleur moment pour s'opposer à une offre de reprise ?

Avant le jugement. Pendant l'examen des offres, le dirigeant peut présenter ses observations sur le prix, le périmètre repris, le repreneur retenu et le nombre d'emplois maintenus. Une fois le plan arrêté, le recours existe mais obéit à un formalisme strict et à des délais de quelques jours seulement.

Mots-clés

plan de cession procédure à jour fixe appel irrecevable procédure collective article R. 661-6 code de commerce redressement judiciaire

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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Avocat au Barreau de Paris · Droit des affaires

Spécialisé en droit des affaires, procédures collectives et contentieux commercial, Maître Maruani accompagne les dirigeants et entreprises dans leurs litiges et stratégies juridiques.

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