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Liquidation prononcée en votre absence pour 2 619 € d'impayés : faire tomber le jugement en appel

Cour d'appel de Paris, Pôle 5 - Chambre 9, 30 septembre 2026, n° RG 26/08629

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani
7 min de lecture
La réponse en bref

Une société dont la trésorerie disponible dépasse en permanence son passif exigible n'est pas en cessation des paiements : aucune procédure collective ne peut être ouverte contre elle. Même après une liquidation judiciaire prononcée en son absence, elle obtient l'infirmation du jugement en appel en produisant ses relevés bancaires et ses comptes.

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Un tribunal de commerce ouvre une liquidation judiciaire contre une entreprise qui n'a jamais reçu la convocation, partie à une nouvelle adresse non déclarée au registre du commerce. Passif réclamé : 2 619,39 euros. Trésorerie disponible : largement supérieure. La cour d'appel efface la procédure, mais laisse les dépens à la charge du dirigeant négligent.

Sommaire

Fiche technique

Juridiction

Cour d'appel de Paris, Pôle 5 - Chambre 9

Numéro

n° RG 26/08629

Solution

Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur

Chronologie de la procédure

2019

Création de la société, activité de couverture et zinguerie

31 décembre 2025

Clôture d'un exercice présentant 189 253 euros de bénéfices

22 avril 2026

Le tribunal de commerce de Créteil ouvre une liquidation judiciaire en l'absence de la société et fixe la cessation des paiements au 22 octobre 2024

4 mai 2026

Déclaration d'appel de la société

15 juillet 2026

Le premier président arrête l'exécution provisoire, faute de comparaison entre passif exigible et actif disponible

30 septembre 2026

La cour d'appel de Paris infirme le jugement et dit n'y avoir lieu à ouverture d'une procédure collective

Ce que cette décision change pour vous

Une liquidation judiciaire peut être ouverte sans que vous ayez été entendu, simplement parce que la convocation a été envoyée à l’adresse figurant au registre du commerce et des sociétés et qu’elle est revenue avec la mention « n’habite pas à l’adresse indiquée ». Le tribunal statue alors sur les seules pièces du ministère public.

Cette décision montre deux choses.

Premièrement, un tel jugement n’est pas définitif. Vous disposez d’un appel, et devant la cour d’appel vous pouvez enfin produire ce que le tribunal n’a jamais vu : relevés bancaires, comptes annuels, état du passif réel. Si ces pièces démontrent que votre trésorerie disponible couvre votre passif exigible, la cour infirme le jugement et constate qu’il n’y a pas lieu d’ouvrir de procédure collective. La liquidation disparaît.

Deuxièmement, le montant du passif n’est jamais à lui seul la preuve de quoi que ce soit. Ici, le passif déclaré représentait 2 619,39 euros, pendant que la société réalisait 189 253 euros de bénéfices sur l’exercice clos au 31 décembre 2025. Une société bénéficiaire avec une trésorerie positive n’est pas en cessation des paiements, quelle que soit l’apparence donnée par un impayé isolé auprès d’un organisme social ou fiscal.

Troisième enseignement, moins agréable : la négligence se paie. La société a gagné sur le fond, mais elle a été condamnée aux dépens d’appel, précisément parce qu’elle n’avait pas déclaré son changement de siège au registre du commerce. Le tribunal avait convoqué à la bonne adresse — celle que la société avait elle-même laissée publiée.

Vérifiez dès aujourd’hui que l’adresse de votre siège au Kbis correspond à l’endroit où votre courrier arrive réellement. C’est la seule adresse à laquelle le greffe, le parquet et vos créanciers s’adresseront.

Les faits

Une société par actions simplifiée unipersonnelle, créée en 2019, exerce une activité de travaux de couverture et de zinguerie. Elle transfère son siège social, mais n’accomplit pas les formalités de modification au registre du commerce et des sociétés.

Le ministère public saisit le tribunal de commerce de Créteil par requête. Le tribunal fait citer la société à l’adresse figurant au registre. Les courriers du greffe reviennent avec la mention « NPAI ». L’acte est alors signifié selon les modalités de l’article 659 du code de procédure civile, c’est-à-dire par procès-verbal de recherches infructueuses, sans remise à personne.

La société ne comparaît pas et n’est pas représentée. Par jugement du 22 avril 2026, le tribunal constate l’état de cessation des paiements, ouvre une liquidation judiciaire, fixe provisoirement la date de cessation des paiements au 22 octobre 2024, désigne un liquidateur et ordonne l’exécution provisoire.

La société relève appel le 4 mai 2026. Le 15 juillet 2026, le délégataire du premier président arrête l’exécution provisoire : le jugement ne comportait aucune comparaison entre passif exigible et actif disponible, et au regard du seul passif déclaré de 2 619,39 euros, il ne pouvait être exclu que la société ne soit pas en cessation des paiements.

Devant la cour, la société produit ses relevés bancaires. Le liquidateur lui-même confirme que la trésorerie est positive d’avril à décembre 2025 et que l’exercice clos au 31 décembre 2025 dégage 189 253 euros de bénéfices. Il s’en rapporte à justice.

La question posée à la Cour

Une société contre laquelle une liquidation judiciaire a été ouverte en son absence est-elle en cessation des paiements lorsqu’elle démontre, pièces bancaires à l’appui, que son actif disponible excède en permanence son passif exigible ?

Et accessoirement : la société peut-elle se plaindre de ne pas avoir été entendue alors qu’elle n’avait pas tenu à jour son adresse au registre du commerce ?

Ce qu’a jugé la Cour

Sur la contradiction, la cour écarte le moyen de façon expéditive : la société invoquait une violation du principe du contradictoire sans en tirer aucune conséquence juridique. Elle ne demandait ni annulation du jugement ni renvoi. Un moyen qui ne débouche sur aucune demande n’appelle pas de réponse.

Sur le fond, la cour applique la définition de l’article L. 631-1 du code de commerce.

La cessation des paiements se définit comme étant l’impossibilité de faire face au passif exigible avec son actif disponible, mais le débiteur qui établit que les réserves de crédit ou les moratoires dont il bénéficie de la part de ses créanciers lui permettent de faire face au passif exigible avec son actif disponible n’est pas en état de cessation des paiements.

Le raisonnement est arithmétique. Passif exigible : 2 619,39 euros. Actif disponible justifié par les relevés bancaires : constamment supérieur à ce montant. Donc pas d’impossibilité de faire face. Donc pas de cessation des paiements.

La cour infirme le jugement, constate l’absence de cessation des paiements et dit n’y avoir lieu à ouverture d’une procédure collective.

Sur les frais, elle condamne malgré tout la société aux dépens d’appel : la procédure collective a été ouverte en son absence parce qu’elle n’avait pas accompli ses démarches au registre du commerce après son changement d’adresse.

Elle déclare par ailleurs irrecevable la demande du liquidateur tendant à faire supporter ses émoluments et son droit fixe par la société : intervenant ès qualités et non en son nom personnel, il n’a pas qualité pour formuler cette demande. Aucune somme n’est allouée au titre de l’article 700 du code de procédure civile.

Les points clés à retenir
  • La cessation des paiements se prouve par une comparaison chiffrée entre passif exigible et actif disponible : un jugement qui n'opère pas cette comparaison est fragile en appel.
  • Des relevés bancaires montrant une trésorerie constamment supérieure au passif déclaré suffisent à faire tomber une liquidation judiciaire.
  • Invoquer la violation du contradictoire sans demander l'annulation du jugement ne sert à rien : le moyen reste sans réponse.

Ce qu’il faut faire concrètement

Contrôlez votre Kbis maintenant. Comparez l’adresse du siège qui y figure avec l’adresse où votre courrier est effectivement reçu. En cas d’écart, déposez sans attendre la formalité de transfert de siège. Un courrier recommandé du greffe qui revient « NPAI » ouvre la voie à une signification par procès-verbal de recherches infructueuses, qui vaut citation régulière.

Si un jugement d’ouverture vous est opposé, comptez vos jours. L’appel se forme dans un délai très bref à compter de la notification ou de la publication. Ici, le jugement date du 22 avril et l’appel du 4 mai.

Demandez l’arrêt de l’exécution provisoire au premier président. C’est ce qui a protégé cette société : sans cette ordonnance, le liquidateur aurait pu poursuivre la réalisation des actifs pendant l’instance d’appel.

Constituez un dossier chiffré, pas un dossier d’arguments. Relevés bancaires mois par mois, liste du passif réellement exigible, comptes annuels certifiés, attestation de l’expert-comptable. C’est la confrontation de deux colonnes qui emporte la décision, pas la narration de vos difficultés.

Si vous contestez la régularité de la procédure, tirez-en une demande. Soulever l’atteinte au contradictoire ne suffit pas : il faut conclure à l’annulation du jugement. À défaut, la cour passe outre.

Anticipez la facture. Même en gagnant, le dirigeant qui n’a pas tenu son registre à jour supporte les dépens. Les frais générés par la procédure collective pendant l’exécution provisoire restent un sujet distinct, que le liquidateur ne peut toutefois pas réclamer lui-même en son nom.

Questions fréquentes

Le tribunal a liquidé ma société sans que je sois au courant : est-ce possible ?

Oui. Si la convocation est envoyée à l'adresse du siège figurant au registre du commerce et revient non distribuée, l'huissier peut signifier par procès-verbal de recherches infructueuses. La citation est alors régulière et le tribunal juge en votre absence. Le recours existe : il faut relever appel rapidement et demander au premier président d'arrêter l'exécution provisoire.

Quelques milliers d'euros d'impayés suffisent-ils à me mettre en liquidation ?

Non. La cessation des paiements suppose l'impossibilité de faire face au passif exigible avec l'actif disponible. Un impayé de quelques milliers d'euros ne caractérise rien si la trésorerie du compte bancaire le couvre. Dans cette affaire, un passif de 2 619,39 euros face à une trésorerie positive et 189 253 euros de bénéfices a conduit à l'annulation de la liquidation.

Comment prouver que je ne suis pas en cessation des paiements ?

Par des chiffres, pas par des explications. Produisez vos relevés bancaires sur plusieurs mois consécutifs, l'état précis du passif exigible, vos comptes annuels et, le cas échéant, les moratoires accordés par vos créanciers ou vos réserves de crédit disponibles. L'actif disponible doit apparaître supérieur au passif exigible de façon constante, pas ponctuelle.

Si la cour annule la liquidation, qui paie les frais du liquidateur ?

Le liquidateur ne peut pas réclamer lui-même ses émoluments et son droit fixe au débiteur : intervenant ès qualités, il n'a pas qualité pour agir en son nom personnel, et une telle demande est irrecevable. Ses honoraires sont arrêtés par le président du tribunal. En revanche, le dirigeant négligent peut être condamné aux dépens d'appel.

J'ai déménagé mon siège sans faire la formalité au greffe : quel risque ?

Un risque majeur. Toutes les convocations judiciaires partent à l'adresse publiée au registre du commerce. Si vous ne la recevez pas, les décisions sont rendues sans vous : liquidation, condamnations, saisies. Et même si vous obtenez gain de cause ensuite, les frais de procédure peuvent rester à votre charge en raison de cette carence.

Mots-clés

cessation des paiements liquidation judiciaire appel du jugement d'ouverture actif disponible passif exigible article L. 631-1 du code de commerce siège social RCS

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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Avocat au Barreau de Paris · Droit des affaires

Spécialisé en droit des affaires, procédures collectives et contentieux commercial, Maître Maruani accompagne les dirigeants et entreprises dans leurs litiges et stratégies juridiques.

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