Contentieux fiscal 8 min de lecture

SCI et location meublée : la tolérance des 10% permet d'éviter l'impôt sur les sociétés

CAA de Lyon, 2ème chambre, 19 février 2026, n° 24LY02359

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani

Redressement réclamé

non précisé

Impôt sur le revenu

Décharge obtenue

Cotisation IR 2016 en droits et pénalités

Erreur d'appréciation sur la qualification de l'activité et l'application de la doctrine administrative

Par un arrêt du 19 février 2026, la Cour administrative d'appel de Lyon décharge un associé de SCI de son imposition sur le revenu 2016, en droits et pénalités, estimant que les recettes commerciales de la société ne dépassaient pas le seuil de 10% permettant de bénéficier de la tolérance administrative. Une décision qui rappelle l'importance de bien qualifier les activités d'une SCI et de maîtriser les règles de franchissement des seuils.

Sommaire

Fiche technique

Juridiction

CAA de Lyon, 2ème chambre

Numéro

n° 24LY02359

Solution

Décharge partielle

Publication

Inédit au recueil Lebon

Chronologie de la procédure

2012-2017

Période contrôlée par l'administration fiscale

2016-2017

Années d'imposition en litige

18 décembre 2019

Lettre faisant suite à l'interlocution

14 juin 2024

Jugement du tribunal administratif de Clermont-Ferrand rejetant la demande

13 août 2024

Enregistrement de la requête en appel

29 janvier 2026

Audience devant la CAA de Lyon

19 février 2026

Arrêt de la CAA de Lyon prononçant la décharge partielle

Les faits du litige fiscal

L’affaire concerne M. A., associé détenant 8,33% des parts de la SCI Jacaro, une société civile immobilière soumise au régime d’imposition des sociétés de personnes prévu à l’article 8 du Code général des impôts.

La SCI Jacaro était propriétaire de deux biens immobiliers distincts :

  • Une résidence pour personnes âgées dénommée “Le Millepertuis” située au Puy-en-Velay (Haute-Loire), comprenant vingt-deux appartements
  • Un appartement situé rue Saint-Charles à Paris, proposé en location meublée saisonnière

À l’issue d’un contrôle sur place portant sur la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2017, l’administration fiscale a estimé que la SCI se livrait à des activités commerciales au sens des articles 34 et 35 du Code général des impôts. En conséquence, elle a assujetti la société à l’impôt sur les sociétés au titre des exercices 2016 et 2017.

Cette requalification a eu des conséquences directes sur la situation fiscale personnelle de M. A. : l’administration a réintégré dans ses revenus imposables la quote-part des déficits fonciers correspondant à ses droits dans la SCI, qu’il avait imputés sur ses autres revenus fonciers. Des compléments d’impôt sur le revenu ont été mis à sa charge au titre des années 2016 et 2017, assortis des intérêts de retard et de la majoration de 10% prévue à l’article 1758 A du CGI.

Le tribunal administratif de Clermont-Ferrand avait rejeté la demande de décharge du contribuable par un jugement du 14 juin 2024.

Le vice de procédure identifié

Une erreur sur la qualification des activités de la résidence senior

L’administration fiscale avait qualifié d’activité commerciale la location des appartements de la résidence Les Millepertuis, en se fondant sur l’existence de prestations annexes : mise à disposition d’une coordinatrice, de locaux communs meublés (terrasse, buanderie, salle d’activités).

La Cour a cependant relevé plusieurs erreurs d’appréciation de l’administration :

Il ne résulte pas de l’instruction, notamment des baux conclus par les personnes résidentes avec la SCI Jacaro auxquels est seulement annexé le règlement de la résidence, que la location d’appartements nus réalisée par cette dernière inclurait systématiquement la souscription par les locataires de ces prestations de service supplémentaires.

La Cour a également considéré que :

La mise à disposition, dans le cadre d’une résidence de vingt-deux appartements, de quelques espaces partagés tels qu’une terrasse, une buanderie et une salle d’activité, ainsi que la présence, quelques jours par semaine, d’un “manager-coordonnateur” chargé essentiellement de recueillir les doléances des locataires, ne constituent pas des prestations qui excèdent celles qui peuvent être normalement fournies dans le cadre de la simple gestion locative de certaines catégories d’immeubles collectifs.

Une mauvaise application de la doctrine administrative des 10%

Le contribuable invoquait le bénéfice de la réponse ministérielle Berger n° 33593 du 11 mai 1981, reprise au BOI-IS-CHAMP-10-30, qui prévoit une tolérance permettant aux SCI de ne pas être soumises à l’IS tant que leurs recettes commerciales n’excèdent pas 10% de leurs recettes totales.

Cette doctrine énonce :

Il a été décidé de ne pas soumettre ces sociétés à l’impôt sur les sociétés tant que le montant hors taxes de leurs recettes de nature commerciale n’excède pas 10 % du montant de leurs recettes totales hors taxes.

L’administration n’avait pas correctement appliqué cette tolérance pour l’année 2016.

La décision de la juridiction administrative

Une requalification partielle des activités

La Cour administrative d’appel de Lyon a procédé à un réexamen complet de la nature des activités de la SCI Jacaro.

Concernant la résidence Les Millepertuis, la Cour invalide totalement la qualification d’activité commerciale retenue par l’administration. Elle s’appuie notamment sur un arrêt récent de la CAA de Paris du 31 janvier 2025 (n° 23PA00066) qui avait déjà jugé, dans le cadre du litige concernant la SCI elle-même, que l’activité de location d’appartements nus ne constituait pas une activité commerciale.

Concernant l’appartement de la rue Saint-Charles, la Cour confirme en revanche la nature commerciale de deux activités :

  • La location meublée saisonnière, incluant des prestations annexes (linge de maison, accueil, ménage)
  • L’activité de domiciliation de sièges sociaux moyennant rémunération

L’application de la tolérance des 10%

Après avoir établi le périmètre exact des activités commerciales, la Cour procède au calcul du ratio :

AnnéeRecettes location meubléeRecettes domiciliationTotal recettes commercialesRecettes totalesRatio
201629 138 €4 600 €33 738 €829 850,26 €4,06%
201730 138 €6 600 €36 738 €331 676,08 €>10%

La Cour conclut :

Si ces montants représentent, pour l’année 2017, plus de 10 % des recettes totales de la société, tel n’est pas le cas de l’année 2016.

La décharge prononcée

La SCI Jacaro ne pouvant être assujettie à l’IS au titre de l’exercice 2016 en application de la doctrine administrative, le contribuable est déchargé de la cotisation d’impôt sur le revenu au titre de 2016, en droits et pénalités.

L’État est en outre condamné à verser 2 000 euros au titre des frais de justice.

En revanche, le surplus des conclusions est rejeté, l’imposition 2017 demeurant justifiée compte tenu du dépassement du seuil de 10%.

L’enseignement pour le contribuable

Les points clés à retenir
  • La location de locaux nus avec prestations de services limitées (espaces communs, coordonnateur à temps partiel) ne constitue pas nécessairement une activité commerciale
  • La tolérance administrative des 10% (réponse Berger) permet de maintenir une SCI au régime de l'article 8 même en présence d'activités commerciales accessoires
  • Cette tolérance s'apprécie année par année : le dépassement du seuil une année n'entraîne pas l'assujettissement à l'IS des années précédentes respectant le seuil
  • La location meublée saisonnière avec services (linge, ménage, accueil) reste une activité commerciale au sens fiscal
  • L'activité de domiciliation de siège social moyennant rémunération est assimilée à une location meublée commerciale

Les implications pratiques

Pour les associés de SCI

Cette décision rappelle l’importance cruciale d’un suivi rigoureux du ratio recettes commerciales/recettes totales. Les associés de SCI exerçant des activités mixtes doivent :

  1. Identifier précisément les recettes de nature commerciale : location meublée, prestations de services, domiciliation d’entreprises
  2. Calculer annuellement le ratio pour s’assurer du non-dépassement du seuil de 10%
  3. Documenter la nature des prestations accessoires pour démontrer qu’elles n’excèdent pas la gestion locative normale

Pour les propriétaires de résidences seniors

L’arrêt apporte des précisions utiles sur la frontière entre location civile et activité commerciale dans le contexte des résidences pour personnes âgées. La mise à disposition d’espaces communs et la présence d’un coordonnateur ne suffisent pas à caractériser une activité commerciale, dès lors que :

  • Ces prestations ne sont pas systématiquement incluses dans les baux
  • Elles correspondent à des services normaux pour ce type d’immeubles collectifs

Pour la contestation des rectifications

Les contribuables visés par une requalification commerciale d’une SCI ont intérêt à :

  • Vérifier l’exactitude du calcul du ratio de recettes commerciales
  • Contester la qualification de certaines prestations comme relevant d’une activité commerciale
  • Invoquer la doctrine administrative de la réponse Berger, applicable littéralement

Cette décision illustre également l’intérêt de persévérer en appel : alors que le tribunal administratif avait rejeté la demande, la Cour administrative d’appel a procédé à une analyse plus fine des faits aboutissant à une décharge partielle significative.

Mots-clés

contentieux fiscal vice de procédure SCI impôt sur les sociétés location meublée tolérance administrative réponse ministérielle Berger

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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Maître Jeremy Maruani

Maître Jeremy Maruani

Avocat au Barreau de Paris · Droit des affaires

Spécialisé en droit des affaires, procédures collectives et contentieux commercial, Maître Maruani accompagne les dirigeants et entreprises dans leurs litiges et stratégies juridiques.

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