Procédures collectives

Suspension de l'exécution provisoire d'un jugement de liquidation judiciaire

21 novembre 2024 5 min LIQUIDATION SUSPENDUE EN APPEL

Cour d'appel de Paris

Notre client, gérant d'une société de marchand de biens immobiliers, avait été placé en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Créteil sur assignation d'un créancier pour une dette de 7 030,07 euros, en l'absence du débiteur à l'audience. JEM-AVOCAT a obtenu la suspension de l'exécution provisoire du jugement devant le premier président de la cour d'appel de Paris, en démontrant l'existence de moyens sérieux d'infirmation.

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani Avocat au Barreau de Paris

Situation initiale

Liquidation judiciaire

Après intervention

Exécution provisoire suspendue

Les faits de l'espèce

Notre client est le gérant d'une SARL exerçant une activité de gestion de biens immobiliers, de prêts immobiliers, placements financiers et de réalisation de travaux de rénovation en qualité de donneur d'ouvrages. La société a été constituée le 30 juillet 2018.

Sur assignation de [Société 2] pour des factures impayées d'un montant de 7 030,07 euros, et en l'absence du débiteur à l'audience, le tribunal de commerce de Créteil a, par jugement du 10 juillet 2024 :

  • Constaté l'état de cessation des paiements
  • Ouvert une procédure de liquidation judiciaire
  • Fixé provisoirement au 31 octobre 2023 la date de cessation des paiements
  • Désigné [Mandataire 1] en qualité de liquidateur

Notre client a interjeté appel par déclaration du 18 juillet 2024.

La décision de première instance

Le tribunal de commerce de Créteil avait prononcé la liquidation judiciaire de la société de notre client sur assignation de [Société 2] pour des factures impayées de 7 030,07 euros.

Le jugement avait été rendu en l'absence du débiteur, le dirigeant n'ayant pas eu connaissance de l'assignation. La date de cessation des paiements avait été fixée provisoirement au 31 octobre 2023.

Les arguments développés par JEM-AVOCAT

Devant le délégataire du premier président de la cour d'appel de Paris, JEM-AVOCAT a soutenu l'existence de moyens sérieux d'infirmation du jugement au sens de l'article R. 661-1 du code de commerce.

L'argumentation reposait sur deux axes principaux :

  • L'absence d'état de cessation des paiements : la dette à l'origine de l'assignation ne s'élevait qu'à 7 030,07 euros, alors que la société disposait d'un actif disponible suite à la réalisation d'une vente de 194 000 euros
  • La possibilité d'un redressement : la société dispose d'un patrimoine immobilier significatif pouvant soit générer des loyers permettant de faire face aux charges (en particulier aux charges d'emprunt), soit être vendu

JEM-AVOCAT a également mis en avant que la société venait de réaliser la vente d'un bien pour 427 000 euros et qu'elle était propriétaire de 8 biens immobiliers. Le passif déclaré de 5 060 904 euros était principalement composé de créances bancaires relatives au financement de l'activité de marchand de biens (2 579 968 euros dont 638 819 euros de mensualités impayées) et de créances chirographaires (2 242 648,64 euros), ces prêts n'étant devenus exigibles que du fait de l'ouverture de la procédure de liquidation.

La solution retenue par la juridiction

La cour d'appel de Paris a ordonné la suspension de l'exécution provisoire du jugement de liquidation judiciaire.

La juridiction a retenu que la société de notre client faisait état de moyens sérieux concernant la possibilité d'établir un plan de redressement, au regard :

  • Des sommes disponibles suite à la vente d'un bien (427 000 euros)
  • Des biens dont la société est propriétaire, de nature à générer soit des loyers conséquents soit des prix de vente importants
  • De la composition du passif, principalement constitué de prêts accordés dans le cadre de l'activité de marchand de biens, devenus exigibles du fait de l'ouverture de la procédure de liquidation, et d'apports des associés

[Mandataire 1], liquidateur judiciaire, s'en était rapporté à justice. Le ministère public avait émis un avis favorable à la suspension de l'exécution provisoire.

Les implications pratiques

La distinction entre passif exigible et passif devenu exigible par l'effet de la procédure

Cette décision met en lumière un argument clé en matière de contestation de liquidation judiciaire : la distinction entre le passif réellement exigible avant l'ouverture de la procédure et celui qui ne l'est devenu que par l'effet de la déchéance du terme consécutive au jugement d'ouverture. En l'espèce, les mensualités impayées ne s'élevaient qu'à 638 819 euros, le reste du passif déclaré étant constitué de prêts devenus exigibles uniquement du fait de la liquidation.

L'importance du patrimoine immobilier dans l'appréciation du redressement

La propriété de 8 biens immobiliers et la réalisation récente d'une vente à 427 000 euros ont été des éléments déterminants pour établir la possibilité d'un redressement, démontrant que l'entreprise disposait d'actifs significatifs.

Ce que l'appel peut changer

La suspension de l'exécution provisoire permet à la société de poursuivre son activité pendant l'examen de l'appel au fond. La cour pourra alors infirmer le jugement de liquidation et ouvrir un redressement judiciaire avec une période d'observation permettant l'élaboration d'un plan.

Chronologie de l'affaire

10 juillet 2024

Jugement de liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Créteil

18 juillet 2024

Appel interjeté par notre client

16-17 octobre 2024

Assignation en référé devant le premier président

14 novembre 2024

Audience devant la cour d'appel de Paris

21 novembre 2024

Suspension de l'exécution provisoire ordonnée

Points clés à retenir

  • Suspension de l'exécution provisoire obtenue sur moyens sérieux d'infirmation
  • Liquidation ouverte pour une dette initiale de seulement 7 030,07 € en l'absence du débiteur
  • Patrimoine immobilier de 8 biens et vente récente de 427 000 € démontrant la capacité de redressement
  • Passif déclaré de 5 M€ principalement composé de prêts devenus exigibles par l'effet de la procédure

Résultat obtenu

Suspension de l'exécution provisoire ordonnée

LIQUIDATION SUSPENDUE EN APPEL

Référence :

Cour d'appel de Paris

Suspension de l'exécution provisoire ordonnée

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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