Recouvrement

Recouvrement de créances : le guide complet pour obtenir le paiement de vos factures

Recouvrement de créances : le guide complet pour obtenir le paiement de vos factures
Maître Jeremy Maruani
Me Jeremy Maruani
Avocat au Barreau de Paris
Maître Jeremy Maruani 7 min de lecture
Sommaire

Les factures impayées représentent l’un des problèmes les plus fréquents pour les entreprises. Selon la Banque de France, les retards de paiement coûtent chaque année des milliards d’euros aux entreprises françaises et constituent la première cause de défaillance des PME. Ce guide présente les trois voies judiciaires pour recouvrer vos créances et les stratégies pour maximiser vos chances de paiement.

1. Avant la procédure : les étapes préalables indispensables

La mise en demeure

Avant toute action judiciaire, la mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception est une étape incontournable. Elle remplit trois fonctions :

  • Interrompre la prescription de la créance (article 2240 du Code civil)
  • Faire courir les intérêts de retard (article 1231-6 du Code civil) et les pénalités de retard entre professionnels (article L. 441-10 du Code de commerce)
  • Démontrer la bonne foi du créancier devant le juge

La mise en demeure doit mentionner le montant de la créance, son fondement (contrat, factures), un délai raisonnable de paiement (généralement 8 à 15 jours) et les conséquences du défaut de paiement.

L’indemnité forfaitaire de recouvrement

Entre professionnels, le créancier a droit à une indemnité forfaitaire de 40 € par facture impayée (article D. 441-5 du Code de commerce), ainsi qu’aux pénalités de retard calculées au taux BCE majoré de 10 points (ou au taux convenu dans les CGV). Ces sommes s’ajoutent au principal de la créance.

La saisie conservatoire préventive

Lorsque le recouvrement de la créance semble menacé (débiteur qui organise son insolvabilité, risque de disparition des actifs), il est possible d’obtenir du juge de l’exécution une saisie conservatoire avant même d’engager la procédure au fond. Cette mesure gèle les avoirs du débiteur (comptes bancaires, stocks, véhicules) et sécurise le recouvrement futur.

Le cabinet JEM-AVOCAT a obtenu la rétractation d’une saisie conservatoire abusive pratiquée par une société suisse, en démontrant l’absence de fondement de la créance alléguée. Consultez cette décision.

2. Les trois voies judiciaires de recouvrement

L’injonction de payer : la voie rapide pour les créances non contestées

Principe : le créancier dépose une requête unilatérale (sans convocation du débiteur) devant le tribunal compétent. Le juge examine les pièces et rend une ordonnance portant injonction de payer.

Conditions :

  • La créance doit avoir une cause contractuelle ou résulter d’une obligation statutaire
  • Son montant doit être déterminé
  • Elle doit être certaine, liquide et exigible

Avantages :

  • Procédure non contradictoire : le débiteur n’est pas convoqué
  • Rapide : l’ordonnance est rendue en quelques semaines
  • Peu coûteuse : pas de frais d’audience

Limites :

  • Le débiteur peut faire opposition dans le mois suivant la signification de l’ordonnance, ce qui renvoie l’affaire devant le tribunal pour une procédure contradictoire
  • Inadaptée aux créances dont le montant est contestable

Le référé-provision : la voie rapide pour les créances évidentes

Principe : le créancier assigne le débiteur en référé devant le président du tribunal. Si la créance n’est pas sérieusement contestable, le juge accorde une provision (article 835 du CPC pour le tribunal judiciaire, 873 pour le tribunal de commerce).

Avantages :

  • Procédure contradictoire mais rapide : audience sous 4 à 8 semaines
  • L’ordonnance est exécutoire de plein droit : le créancier peut procéder à des saisies immédiatement
  • Efficace contre les débiteurs qui comptent sur la lenteur de la justice

Limites :

  • Le juge ne peut pas trancher une contestation sérieuse : si le débiteur soulève un argument crédible, le juge renvoie au fond
  • L’ordonnance est provisoire (même si, en pratique, elle met souvent fin au litige)

JEM-AVOCAT a obtenu en référé d’heure à heure la condamnation d’un débiteur avec astreinte de 500 € par jour de retard, pour le recouvrement de factures de prestations de services. Consultez cette décision.

L’assignation au fond : la voie complète pour les créances contestées

Principe : le créancier assigne le débiteur devant le tribunal compétent pour obtenir un jugement définitif sur le bien-fondé de la créance.

Avantages :

  • Le tribunal peut trancher toutes les contestations (qualité de la prestation, conformité, vices cachés)
  • Le jugement a autorité de la chose jugée
  • Le tribunal peut accorder des dommages et intérêts en complément du principal

Limites :

  • Procédure plus longue : 12 à 18 mois en moyenne devant le Tribunal de commerce de Paris
  • Plus coûteuse (frais d’avocat, frais de justice)

3. Tableau comparatif des trois procédures

CritèreInjonction de payerRéféré-provisionAssignation au fond
Délai moyen3 à 6 semaines4 à 8 semaines12 à 18 mois
ContradictoireNonOuiOui
Créance contestéeNonNon (pas de contestation sérieuse)Oui
Exécution immédiateNon (attente opposition 1 mois)Oui (exécutoire de plein droit)Oui (si exécution provisoire)
Coût indicatif€€€€€
Avocat obligatoireNon (TC) / Oui (TJ)OuiOui
Idéal pourFactures simples non contestéesCréances évidentes, débiteur dilatoireLitiges complexes, contestation

4. L’exécution du jugement : de la décision au paiement effectif

Obtenir un jugement favorable ne suffit pas toujours. Encore faut-il que le débiteur paie. Plusieurs mesures d’exécution sont à la disposition du créancier.

La saisie-attribution sur comptes bancaires

C’est la mesure la plus efficace. Le commissaire de justice (anciennement huissier) procède à la saisie des sommes disponibles sur les comptes du débiteur. La banque est tenue de déclarer les soldes et de bloquer les fonds.

La saisie-vente de biens mobiliers

Le commissaire de justice peut saisir les biens mobiliers du débiteur (matériel, véhicules, stocks) pour les vendre aux enchères. Cette mesure est surtout dissuasive.

La saisie immobilière

Pour les créances importantes, la saisie immobilière permet de faire vendre les biens immobiliers du débiteur. La procédure est longue (12 à 18 mois) mais efficace pour les débiteurs solvables.

5. Stratégies pour maximiser le recouvrement

Anticiper dès la phase contractuelle

La meilleure stratégie de recouvrement commence avant le litige :

  • Clause de réserve de propriété : le vendeur reste propriétaire jusqu’au paiement complet
  • Clause pénale : indemnité forfaitaire en cas de retard de paiement
  • Clause attributive de juridiction : choisir le tribunal le plus favorable (généralement le tribunal du domicile du créancier)
  • Conditions générales de vente robustes : pénalités de retard, clause résolutoire, déchéance du terme

Le cabinet a obtenu le recouvrement de créances internationales en matière de transport d’oeuvres d’art, en faisant valoir une clause attributive de juridiction en faveur des tribunaux parisiens. Consultez cette décision.

Choisir la bonne procédure selon le profil du débiteur

Le choix de la procédure dépend de plusieurs facteurs :

  • Débiteur de bonne foi en difficulté temporaire : privilégier la négociation puis l’injonction de payer
  • Débiteur dilatoire qui gagne du temps : le référé-provision est l’arme idéale
  • Débiteur qui conteste la créance : l’assignation au fond est nécessaire, éventuellement précédée d’une saisie conservatoire
  • Débiteur à risque d’insolvabilité : commencer par une saisie conservatoire avant toute procédure

Agir vite pour éviter la procédure collective

Si le débiteur est en difficulté financière, il y a un risque qu’il soit placé en redressement judiciaire ou en liquidation judiciaire, ce qui suspend toutes les poursuites individuelles. Agir rapidement — notamment par une saisie conservatoire — permet de sécuriser sa créance avant l’ouverture éventuelle d’une procédure collective.

JEM-AVOCAT a obtenu le recouvrement intégral de factures impayées de prestations d’assistance technique pour un montant de plus de 100 000 €, contre une société qui contestait la qualité des prestations. Consultez cette décision.

6. Le recouvrement de créances à Paris : quelle juridiction saisir ?

Type de créanceJuridiction compétente
Entre commerçants ou sociétés commercialesTribunal de commerce de Paris
Créance civile (SCI, profession libérale)Tribunal judiciaire de Paris
Créance < 5 000 €Tribunal judiciaire (procédure simplifiée)
Créance avec clause attributiveTribunal désigné par la clause
Créance contre un débiteur étranger (UE)Tribunal français si clause ou lieu d’exécution en France

Le Tribunal de commerce de Paris est réputé pour sa rapidité et sa connaissance des litiges commerciaux. Les procédures de référé y sont particulièrement efficaces, avec des audiences fixées dans des délais courts.


Vous avez des factures impayées et souhaitez agir rapidement ? Contactez JEM-AVOCAT pour une stratégie de recouvrement adaptée à votre situation.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Quel est le délai de prescription pour recouvrer une créance commerciale ?

Le délai de prescription est de 5 ans à compter de la date d'exigibilité de la facture (article L. 110-4 du Code de commerce). Pour les créances entre un professionnel et un consommateur, le délai est de 2 ans. Attention : la prescription peut être interrompue par une mise en demeure par lettre recommandée, une assignation ou une reconnaissance de dette.

Faut-il un avocat pour une injonction de payer ?

Non, l'injonction de payer devant le tribunal de commerce peut être déposée sans avocat. En revanche, si le débiteur fait opposition, l'affaire est renvoyée devant le tribunal et la représentation par avocat devient obligatoire devant le tribunal judiciaire. En pratique, l'intervention d'un avocat dès le départ permet d'optimiser la procédure et d'anticiper les contestations.

Quelle est la différence entre une saisie conservatoire et une saisie-attribution ?

La saisie conservatoire est une mesure préventive qui gèle les avoirs du débiteur (comptes bancaires, stocks, véhicules) avant même l'obtention d'un jugement. La saisie-attribution est une mesure d'exécution qui permet de prélever directement les sommes dues après obtention d'un titre exécutoire. La saisie conservatoire nécessite l'autorisation du juge de l'exécution, tandis que la saisie-attribution est mise en œuvre par un commissaire de justice.

Combien coûte une procédure de recouvrement judiciaire ?

Le coût varie selon la procédure choisie. L'injonction de payer coûte environ 200 à 500 € (frais de greffe + honoraires de rédaction). Le référé-provision implique des honoraires d'avocat et des frais d'huissier (assignation). L'assignation au fond est la procédure la plus coûteuse. Dans tous les cas, le débiteur condamné est généralement tenu de rembourser une partie des frais (article 700 du CPC).

Peut-on recouvrer une créance contre une société en procédure collective ?

Lorsque le débiteur est en redressement ou liquidation judiciaire, les poursuites individuelles sont suspendues. Le créancier doit déclarer sa créance auprès du mandataire judiciaire dans un délai de 2 mois à compter de la publication du jugement d'ouverture. Le recouvrement dépendra ensuite du plan de redressement ou de la répartition en liquidation.

Que faire si le débiteur est à l'étranger ?

Le recouvrement international obéit à des règles spécifiques. Au sein de l'Union européenne, le règlement Bruxelles I bis facilite la reconnaissance et l'exécution des décisions. En dehors de l'UE, il faut vérifier l'existence de conventions bilatérales. Les clauses attributives de juridiction et les clauses compromissoires jouent un rôle déterminant.

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Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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Spécialisé en droit des affaires, procédures collectives et contentieux commercial, Maître Maruani accompagne les dirigeants et entreprises dans leurs litiges et stratégies juridiques.

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